Commençons par ceci :

Votre cerveau n'entend pas la musique. Votre cerveau prédit la musique.

Ce n’est pas de la poésie — c’est de la biologie. Selon le neurobiologiste Robert Sapolsky (dont l’épopée de 800 pages Behave devrait être une lecture obligatoire pour quiconque a déjà pleuré sur une progression d’accords), le cerveau humain est une machine chaotique à plusieurs couches. Il réagit au monde par paliers — des réflexes en une fraction de seconde au contexte à long terme que vous ne savez même pas que vous portez.

Et la musique ? La musique se connecte à tout cela en même temps.

Le cerveau aime ce qu’il connaît — et ce qu’il connaît presque

La raison pour laquelle vous ressentez quelque chose lors de ce changement de tonalité, ou à la troisième chute de tempo, ou quand les percussions reviennent après une mesure silencieuse, c’est parce que votre cerveau s’attendait à quelque chose — et a reçu quelque chose d’assez différent pour paraître intéressant.

La prévisibilité est sécurité. La surprise est récompense. La musique, quand elle est bien faite, oscille entre les deux comme un bouton de volume de sérotonine.

Vous n’entendez pas seulement le rythme. Vous traitez des schémas moteurs. Vous ne ressentez pas seulement une émotion. Vous comparez le son à chaque autre souvenir émotionnel stocké dans votre cortex préfrontal — dont la plupart se sont probablement formés pendant l’adolescence (merci, dopamine).

Le grand point de Sapolsky : Rien ne se passe dans le vide

L'un des enseignements les plus beaux et frustrants de Behave est le suivant :

Rien de ce que vous faites — rien — ne repose uniquement sur le moment présent.

Vous êtes façonné par :

  • Ce qui vient de se passer il y a 5 secondes
  • Votre niveau de stress la semaine dernière
  • Ce que vos parents vous ont appris sur la tristesse
  • L'espèce dont vous avez évolué il y a 200 000 ans
  • Et le type de déjeuner que vous avez pris à 14h aujourd'hui

Alors, quand vous entendez une chanson et que vous avez des frissons ? Ce n’est pas de la magie. C’est votre amygdale, votre hippocampe et votre cortex auditif qui font une reconnaissance rapide de motifs à travers toute votre vie, puis libèrent un cocktail de neurotransmetteurs en récompense.

Pourquoi un accord de Do majeur peut vous briser en deux

Votre corps se moque que la chanson soit « techniquement bonne ». Ce qui compte, c’est à quel point le son reflète votre schéma émotionnel.

C'est pourquoi :

  • Une chanson du lycée aura toujours plus d'impact qu'une chanson techniquement meilleure
  • Vous pouvez aimer une mélodie de trois notes plus qu'un solo de jazz
  • Et un morceau qui « claque objectivement » peut quand même vous laisser froid

La musique est traitée comme une odeur. Elle est spatiale, involontaire et profondément contextuelle. Ce synthé en nappes peut vous rappeler la chambre de quelqu'un. Ce filtre vocal peut ressembler à l'intérieur d'un rêve. Ce sub-basse peut déclencher une réaction de lutte ou de fuite si vous avez grandi à côté d'une gare.

Vos préférences ne sont pas un goût. Ce sont des autobiographies neurochimiques.

Alors, qu'en faisons-nous ?

Vous arrêtez de prétendre que le goût musical est rationnel.

Vous arrêtez de débattre sur ce qui est « objectivement meilleur ». Vous arrêtez de vous moquer des gens qui pleurent sur Coldplay ou qui rembobinent du hyperpop jusqu'à ce que leur cerveau bourdonne.

Et peut-être — juste peut-être — vous acceptez que la musique ne vous touche pas dans vos oreilles. Elle vous touche dans votre passé. Dans vos hormones. Et dans votre espèce.

Ce qui, honnêtement, rend chaque chanson un peu sacrée.