Le riff n’est pas seul

Un riff peut sembler immense quand vous le jouez seul. Ajoutez une voix rap, et ces notes supplémentaires prennent leurs aises. Le guitariste a un rythme en tête. La personne au micro aussi, souvent avec plusieurs syllabes à placer avant la caisse claire suivante.

Dans son titre du 27 septembre, NME qualifie « Unconquered », la collaboration de Kneecap avec Tom Morello, de « RATM-coded ». Le média cite également Morello, qui explique avoir voulu donner au morceau « l’esprit du meilleur de ce que nous avons fait au cours de nos carrières ».

Cette collaboration offre donc un bon prétexte pour revoir les mécanismes du rap et de la guitare. L’expérience de Morello avec Rage Against the Machine constitue une référence évidente, mais un nom célèbre ne résout pas toutes les décisions d’arrangement. Un riff doit encore trouver sa place auprès d’une voix.

Voici une méthode de répétition à essayer avec vos propres morceaux. Prenez un couplet, une partie de guitare et de quoi enregistrer une prise approximative. Remettez les achats de pédales à un autre après-midi.

Suivez le rythme de la voix

Commencez avec la voix sur une batterie ou une pulsation simple. Laissez la guitare silencieuse le temps d’une répétition. Sur une feuille de paroles, notez le début des phrases, les respirations et les mots qui portent l’accent. Un petit schéma griffonné au crayon suffit.

Repérez les anticipations, ces syllabes qui arrivent avant le temps fort, ainsi que les phrases qui débordent sur la mesure suivante. Ces détails vous indiquent où un motif de guitare répété risque de gêner l’interprétation. Une voix peut sembler libre tout en étant très précise sur ses points de chute.

Choisissez ensuite un rôle pour la guitare. Elle peut renforcer un accent important ou répondre à une phrase achevée. Une figure répétitive obstinée peut aussi fonctionner, en donnant à la voix un appui stable auquel se confronter.

Jouez un passage en gardant ce rôle à l’esprit. Si le chanteur ou la chanteuse modifie son phrasé, suivez ce qui se passe réellement au lieu de vous en tenir aux annotations au crayon. À la fin, entourez les passages où la guitare et la voix semblent toutes deux vouloir passer au premier plan.

Répétez la fin des notes

Les musiciens ont tendance à répéter les attaques. Dans un arrangement dense, les fins de note méritent tout autant d’attention. Un accord qui résonne pendant un silence prévu peut brouiller l’entrée vocale suivante, même si tout le monde a joué le premier temps ensemble.

Choisissez un court passage et convenez précisément du moment où la guitare doit s’arrêter. Laissez le batteur maintenir la pulsation pendant que vous travaillez la coupure. Écoutez les petits sons résiduels : une corde à vide, un léger frottement, une répétition de delay qui déborde sur la ligne suivante.

La distorsion peut rendre les bruits de cordes les plus faibles plus perceptibles. Le delay et la réverbération peuvent occuper l’espace même après que vos mains se sont arrêtées. Travaillez le passage avec un son plus simple afin d’entendre l’étouffement des cordes, puis réintroduisez les effets un par un.

La personne à la basse peut avoir besoin d’une durée de note différente. Une note de basse tenue sous une guitare au son bref peut être un choix d’arrangement délibéré. Décidez ensemble, puis enregistrez une prise où tout le monde respecte les durées convenues. Vérifiez l’entrée après l’arrêt avec autant d’attention que l’arrêt lui-même.

Faites passer l’effet à l’essai

Un son de guitare distinctif peut devenir le motif accrocheur. Il peut aussi détourner l’attention de tout un groupe de musiciens d’une partie qui a encore besoin d’être retravaillée. Le pédalier a l’avantage de toujours proposer un nouveau réglage à ajuster.

Attribuez un rôle précis à l’effet dans la section. Essayez une brève réponse après une ligne vocale, ou laissez-le marquer le passage au refrain. Si le son se prolonge en continu, demandez-vous s’il crée une assise rythmique utile ou s’il commence à rivaliser avec les consonnes.

Enregistrez la même phrase avec et sans l’effet. Gardez des niveaux de lecture similaires, car une version plus forte peut fausser la comparaison. Évaluez l’arrangement dans son ensemble, voix comprise. Une prise de guitare spectaculaire en solo ne répond pas à la même question.

Cet exercice porte sur votre propre configuration : inutile de deviner le matériel utilisé sur « Unconquered ». Servez-vous des sons que vous pouvez reproduire en répétition. Si une transition exige d’appuyer sur un commutateur au pied, entraînez-vous à le faire en même temps que l’entrée de la voix, jusqu’à ce que les deux surviennent au moment voulu.

Préservez la signature

« RATM-coded » est un repère pratique. Mais il s’accompagne aussi d’un lourd bagage d’attentes sur ce que devrait être une collaboration entre guitare et rap. Les musiciens peuvent finir par courir tellement après la référence que le phrasé propre au chanteur devient un problème à corriger.

Partez de l’interprétation que vous avez devant vous. Une rafale de mots dense peut appeler moins d’interventions de guitare. Une ligne plus lente peut s’installer confortablement sur quelque chose de plus animé. Il y a aussi de la place pour des chevauchements abrasifs, si c’est bien la collision sonore que le groupe recherche.

Un groupe peut conserver une bonne dose d’aspérité tout en veillant à ce que les mots essentiels restent audibles. Choisissez la ligne qui doit être clairement comprise dès la première écoute, puis examinez ce que font les instruments en dessous. Une brève coupure peut mettre cette ligne en valeur sans modifier le ton de toute la chanson.

Évitez de tout nettoyer à grands coups de balai. Travaillez plutôt cette section précise, avec la personne au chant dans la pièce. Demandez-lui de signaler le mot exact qui disparaît, puis réécoutez les quelques secondes qui l’entourent.

Essayez trois versions

Faites passer l’arrangement par un petit test en répétition. Utilisez le même couplet enregistré et la même entrée du refrain pour trois versions approximatives, en gardant le tempo et le niveau de lecture constants.

Dans la première, laissez le motif de guitare se poursuivre tout du long. Dans la deuxième, limitez-le aux espaces entre les phrases vocales. Dans la troisième, conservez le motif répétitif, mais retirez-le sous la ligne la plus chargée. Chacune des trois peut convenir à votre chanson.

Réécoutez-les avec la personne au chant. Vérifiez si les paroles importantes sont faciles à suivre et si le groove continue d’avancer. Écoutez aussi les raccords. Une partie peut laisser beaucoup d’espace pendant un couplet, puis s’emmêler à l’entrée du refrain.

Une collaboration comme « Unconquered » peut inciter un guitariste à se tourner directement vers un son signature. Consacrez aussi une répétition au placement des notes. Gardez la meilleure prise approximative à portée de main pour la prochaine session. Notez les entrées et les coupures de la version choisie sur la feuille de répétition, puis retravaillez la transition avec les pédales réactivées.