Sept à la porte

Avant même que quiconque appuie sur lecture, les noms commencent à se bousculer pour trouver leur place. « Black Don’t Crack » de Curly Castro réunit Fatboi Sharif, Blueprint, Brian Ennals, SKECH185, AJ Suede et billy woods. Ajoutez Castro, et vous obtenez sept rappeurs associés à un seul morceau, avec plusieurs pistes possibles vers la musique de quelqu’un d’autre.

L’article de Stereogum publié le 18 septembre décrit ce morceau d’environ six minutes comme l’ouverture de Yaphet, le nouvel album du rappeur de Philadelphie. Cette place dans l’album est une bonne raison de redécouvrir le posse cut, un format qui peut donner à un seul enregistrement l’allure d’une introduction à un cercle plus vaste.

Pour une personne qui découvre l’artiste, une longue liste d’invités peut ressembler à un devoir. Reconnaissez un nom, et la tentation est d’attendre son apparition, de profiter de sa présence, puis de partir. Une autre forme de plaisir est possible ici, inscrite dans le format lui-même : entendre ce qui change quand la personne suivante prend sa place.

La petite combine du titre

L’introduction de Stereogum est franche quant à sa méthode. L’objectif est d’inciter les lecteurs à écouter Yaphet, et remplir le titre de noms du rap underground peut attirer des personnes qui passeraient leur chemin devant une simple présentation d’album.

La découverte musicale, avec les branchements apparents. Un lecteur peut reconnaître Blueprint, cliquer et arriver sur un album de Curly Castro. Le nom familier a accordé à quelqu’un d’autre quelques secondes d’attention. Cet échange peut avoir lieu avant même que quiconque explique pourquoi le disque mérite peut-être d’être écouté.

Un marché légèrement absurde est à l’œuvre. Un album doit se frayer un passage dans un titre avant de pouvoir occuper une soirée. Un nom auquel le lecteur fait confiance devient une prise sur un disque dont il n’a peut-être jamais entendu parler.

Le problème, c’est qu’une liste de noms ne permet pas de déterminer si un morceau tient la route. Elle ne peut pas vous dire quelle contribution vous donnera envie de repasser un vers, ni si l’album qui l’entoure restera dans votre rotation.

Une horloge commune

Le morceau collectif fait évoluer différents rappeurs au sein d’un même enregistrement. Une playlist propose une suite de productions distinctes. Sur un morceau partagé, les entrées et les changements d’accent deviennent partie intégrante de l’arrangement. L’arrivée d’une autre voix peut modifier votre perception de l’espace qui l’entoure.

“The Symphony” de Marley Marl et “Scenario” de A Tribe Called Quest sont des références durables pour apprécier ce plaisir. Écoutez l’un ou l’autre à côté d’un morceau collectif actuel et observez combien de temps le morceau vous laisse vous installer dans chaque voix avant l’arrivée suivante. Un enregistrement familier peut vous fournir un point de comparaison concret avec un nouveau morceau.

Prêtez attention aux transitions. Écoutez les changements de phrasé, le rapport différent au rythme ou la quantité de silence qu’un rappeur laisse autour d’un vers. Un passage de relais peut raviver votre attention même lorsque l’accompagnement musical reste stable.

Voilà des pistes d’écoute à garder en tête pour “Black Don’t Crack”, sans rien présumer de son exécution à partir des crédits. Si une entrée retient votre attention, revenez quelques secondes en arrière afin d’entendre ensemble la contribution qui s’achève et celle qui commence.

Six minutes dès l’entrée

Un morceau d’ouverture a un rôle à jouer. Il établit une première attente pour le disque et vous demande suffisamment d’attention pour aller jusqu’au deuxième morceau. Y placer un morceau collectif de six minutes donne aux invités une place immédiate lors de cette première rencontre.

Cela rend la place de Castro digne d’être retenue. Son nom est peut-être celui que vous découvrirez après avoir cliqué pour quelqu’un d’autre. Yaphet offre le cadre plus vaste de cette réunion, et l’album mérite qu’on lui donne une chance de montrer ce qui se passe après les présentations.

Laissez le morceau d’ouverture se poursuivre au moins une fois sur le titre suivant. Remarquez ce qui se prolonge et ce qui change. Vous pourriez décider que la collaboration est l’élément auquel vous souhaitez revenir. Vous pourriez vouloir écouter l’album entier. Dans les deux cas, votre intérêt peut continuer à se développer si vous gardez l’onglet de recherche fermé quelques minutes de plus.

Deux passages dans la pièce

Un album qui réunit autant de noms ne nécessite pas de cours préparatoire sur le rap underground. Un modeste programme d’écoute vous mènera plus loin qu’un recoupement frénétique des informations.

  • Premier passage : mettez la liste des participants de côté. Écoutez le morceau dans l’ordre. Remarquez les moments où votre attention se déplace, même si vous ne pouvez pas encore associer une voix à un nom.
  • Deuxième passage : suivez un point de curiosité. Revenez à une entrée ou à une phrase qui a retenu votre attention. Notez son horodatage si vous souhaitez identifier la voix plus tard. La liste des invités ne donne pas nécessairement l’ordre des interventions.
  • À l’écoute suivante : choisissez une piste. Cherchez une sortie sous le nom de l’un des invités. Son travail en dehors d’une participation pourrait vous donner une autre perception de cette même voix.

Rien ne vous oblige à classer tous les participants avant le déjeuner. La compétition fait partie du plaisir d’un morceau collectif, et il est tout à fait normal d’avoir un favori. Votre curiosité peut aussi rester inassouvie. Gardez un nom pour demain et laissez les autres attendre dans les crédits du morceau.

Où mènent les crédits

Une collaboration fournit un lien documenté. Elle nous indique qui apparaît ensemble sur un album, tout en laissant ouvertes les questions de l’amitié, de l’appartenance à un label et de la logistique d’enregistrement. Les participants de « Black Don’t Crack » ne doivent pas non plus être considérés comme un recensement complet du rap underground. Chaque invité a une œuvre au-delà de cette intersection.

Les crédits complets des morceaux, lorsqu’ils sont disponibles, peuvent aussi vous ouvrir des pistes vers le travail de production. Le titre met les invités vocaux au premier plan, tandis que les personnes qui façonnent l’enregistrement peuvent vous faire découvrir d’autres artistes. Vous pouvez suivre ces liens au rythme qui convient à votre écoute.

Vous pouvez commencer par un rappeur et repartir avec l’envie d’en découvrir un autre, sans prétendre avoir décodé toute une scène. Vous pouvez aussi ne pas apprécier une contribution tout en suivant la voix suivante. L’écoute ne doit pas devenir un serment d’allégeance.

Pour l’instant, le point de départ concret est Yaphet et son ouverture chargée en invités. Laissez tourner ces six minutes, puis gardez l’album de Castro dans votre file d’attente. Si un invité vous oriente vers un autre disque, enregistrez-le aux côtés de Yaphet. Vous avez ainsi votre écoute de demain toute trouvée, sans perdre l’album qui vous y a conduit.